L’Environmental performance index (EPI)

Fiches internationales

L’ « environmental performance index » (EPI)), élaboré conjointement par les Universités de Yale et de Columbia, en réponse à une demande du Forum Économique Mondial de Davos, vise à comparer les performances environnementales des pays et ainsi contribuer à l’amélioration de leurs politiques en termes de protection des écosystèmes et de la santé humaine L’EPI est un indicateur composite, issu de l’agrégation de 24 indicateurs individuels réputés refléter toute la diversité des domaines de l’action publique environnementale. Ces indicateurs sont regroupés en 10 catégories : qualité de l’air et santé, qualité de l’eau, biodiversité et habitats, forêt, pêche, climat et énergie, pollution de l’air, ressources en eau, agriculture. L’édition 2018 constitue le septième millésime. Dans ce classement 2018 de l’EPI, la France se situe au 2ème rang mondial sur les 180 pays étudiés.

Qu’est-ce que l’indicateur EPI ?

L’environmental performance index (EPI) a été publié pour la première fois en 2006 (une version antérieure, Environmental Sustainability Index, existait depuis 1999). Il est élaboré conjointement par les Universités de Yale et de Columbia, en réponse à une demande du Forum Économique Mondial de Davos, afin de comparer les performances environnementales des pays et ainsi contribuer à l’amélioration de leurs politiques en termes de protection des écosystèmes et de la santé humaine.

Comment est-il construit ?

L’EPI est un indicateur composite, issu de l’agrégation de 24 indicateurs individuels réputés refléter toute la diversité des domaines de l’action publique environnementale. Ces indicateurs sont regroupés en 10 catégories : qualité de l’air et santé, qualité de l’eau, biodiversité et habitats, forêt, pêche, climat et énergie, pollution de l’air, ressources en eau, agriculture.

Pour chacun de ces indicateurs, la valeur d’un pays est mesurée en termes de proximité par rapport à une cible qui est un objectif de long terme en matière de santé publique ou de durabilité des écosystèmes. Ces valeurs cibles ont été établies à partir d’accords internationaux, de normes et objectifs fixés par des institutions internationales, ou encore de consensus au sein de la communauté scientifique. Pour rendre les indicateurs comparables, chacun est converti en une valeur relative à la cible, avec une échelle comprise entre 0 et 100. Les scores obtenus sont ensuite agrégés avec un système de pondérations :

  • Les objectifs prioritaires se voient affecter des pondérations, par exemple 40 % pour « Santé environnement » et 60 % pour « Vitalité des écosystèmes » ;
  • À l’intérieur de ce dernier, le thème de la pêche représente 10 % de la note totale, due au critère « état des stocks de poissons » pour 50 % et au critère « Indice trophique marin régional » pour 50 % également. In fine, la contribution du critère « état des stocks de poissons » est donc 55 % x 10 % x 60 % =3,0 % du score final. Le résultat final est une note sur 100.

Quelle est sa structure en 2018 ?

L’indice 2018 est le septième millésime. Il est donné pour 180 pays, comme en 2016.

Le rapport 2018 introduit comme habituellement dans l’histoire de l’EPI, de nouvelles métriques (24 critères au lieu de 20 précédemment), de nouvelles sources et une pondération différente. Près de la moitié des indicateurs ont été renouvelés ou adaptés.

Ainsi, la catégorie climat et énergie a été profondément revue ; l’intensité CO2 est complétée par des indicateurs sur le méthane et le protoxyde d’azote. Une méthodologie complexe sur l’intensité CO2 permet de moduler la pondération entre l’évolution tendancielle et la situation actuelle afin d’éviter de pénaliser les pays qui ont déjà amplement décarboné leur économie.

Malgré les changements de méthodes, il faut souligner que les sources et critères utilisés restent pertinents. Par ailleurs, l’ensemble des données brutes, des pondérations, peuvent être téléchargées. La transparence est réelle dans la démarche.

Quel est le classement de la France en 2018 ?

Dans le classement 2018 de l’EPI, la France se situe au 2ème rang mondial avec un score de 83,9 (alors qu’elle était 10ème en 2016 et 27ème en 2014), derrière la Suisse. Les pays les mieux classés sont ensuite : le Danemark, Malte, la Suède, le Royaume-Uni, le Luxembourg, l’Autriche, l’Irlande et la Finlande. L’Allemagne est à la 13ème position (30ème en 2016), les États-Unis et la Chine respectivement à la 27ème et 120ème places.

Ce classement révèle une nouvelle progression par rapport à 2016. Il est cependant difficile et sans doute peu pertinent d’établir des comparaisons temporelles, compte tenu de l’évolution de la composition de cet indicateur au cours des différentes éditions. Cette dernière influence plus certainement le positionnement d’un pays que l’évolution de ses performances. Ainsi, le poids des critères « vitalité des écosystèmes » est passé de 50 % à 60 % ; et la quasi-totalité des critères « biodiversité » ont été renouvelés ou modifiés. Il s’avère que c’est l’une des thématiques pour lesquelles la France est la mieux classée.

La France se place dans les 10 premiers pays pour 6 critères : les 3 relatifs aux aires protégées (biodiversité), les 2 qui concernent les émissions dans l’air (SO2 et NOx) et la gestion de l’azote (agriculture). Pour 11 autres critères, elle est entre la 12ème et 33ème place. Enfin, elle est mal classée pour les critères relatifs aux particules PM2,5 ; l’indice habitats ; la perte de couvert forestier ; l’indice trophique marin régional ; l’intensité CO2 et l’intensité N2O. Cependant, si l’on tient compte des pondérations de ces différents critères, il s’avère que les paramètres les plus déclassant pour la France sont, dans l’ordre : la perte de couvert forestier, l’intensité CO2 et l’indice trophique marin régional. Ces trois critères expliquent à eux seuls, deux tiers de l’écart qui sépare la France de la note maximale.

La détermination de la perte de couvert forestier, principal critère déclassant pour la France, souffre d’insuffisances, compte tenu de la réalité nationale. En effet, alors que les statistiques FAO (statistiques officielles en matière de forêts) indiquent une croissance du couvert forestier pour la France durant la période considérée (2000-2014), c’est l’inverse qui est noté par l’EPI. Cet écart est vraisemblablement l’effet de la tempête Klaus (2009) qui explique la note moyenne de la France. Les statistiques s’appliquent à mesurer les surfaces forestières (à partir de sondages terrain) alors que l’indicateur, élaboré à partir de données satellitaires, s’intéresse au couvert arboré, indépendamment de la qualité de celui-ci. Dans la mesure où 4,5 points sont perdus sur ce seul critère, il y a sans doute matière à discussion car les auteurs de l’EPI mentionnent que les pays ne peuvent être pénalisé pour une situation qui ne dépend pas de leur gestion* : on peut estimer que ce cas s’applique à une perte de couvert forestier liée à un évènement climatique. On peut rappeler que la tempête Klaus a entraîné la perte de près de 45 millions de m3, soit plus de 4 années de récoltes et ce, concentré sur la zone sud-ouest de la métropole, les forêts y étant touchées à plus de 60 %. 8 ans après, 20 % des pins arrachés n’avaient pas encore été replantés.

Le troisième critère déclassant principal pour la France est l’indice trophique marin régional. Cet indice est élaboré par le Centre Canadien des pêches, dans le cadre du projet « Sea around us », groupe de recherche international sur l’impact de la pêche sur les écosystèmes marins, basé à l’Université de la Colombie-Britannique. Il donne une estimation de l’abondance relative des espèces prédatrices. Sa diminution indique une baisse de l’abondance et de la diversité des poissons aux niveaux élevés de la chaîne alimentaire. Il doit tenir compte des différentes zones de pêche pour éviter un déplacement éventuel de la surexploitation d’une zone vers une autre plus profonde par exemple. La France est 93ème sur ce classement, devant cependant l’Espagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Il faut noter toutefois les bonnes performances de l’Irlande (24ème), l’Italie (41) ou la Norvège (58) eu égard à l’importance de leurs pêcheries.

Quelles sont les données mobilisées en 2018 ?

Les concepteurs de l’EPI ont choisi de privilégier des données dont l’acquisition est homogène à l’échelle globale, quitte à ignorer les données statistiques officielles si celles-ci ne sont pas disponibles pour l’ensemble des pays. Si l’approche satellitaire permet de supprimer un biais d’estimation lié aux dispositifs nationaux, elle ne rend pas forcément compte de l’hétérogénéité des situations sur le terrain, si aucune itération avec l’observation in situ n’est mise en place. De la même manière, l’utilisation de publications universitaires présentant une exploration très large des situations nationales sur l’une ou l’autre thématique, autorise une investigation pertinente ; elle est cependant rarement reproductible au fil du temps, ces dispositifs ne cherchant que rarement à s’inscrire dans une logique de suivi temporel.

Parmi les nouvelles sources utilisées, il faut souligner les données de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), en particulier le DALY (Disability Adjusted Life Years), l’espérance de vie corrigée de l’incapacité (EVCI) ; cet indicateur a été initialement proposé par l’OMS. Dans le cadre du calcul de l’EPI, ce paramètre est utilisé dans l’ensemble des critères de santé environnementale ; la pondération de ces derniers utilise la littérature scientifique. L’IHME est un institut de statistiques privé, spécialisé sur la santé publique, basé à Seattle et financé par la fondation Gates.

Quelles sont les évolutions apportées aux critères en 2018 ?

L’indice de gestion durable de l’azote pondère les apports d’azote par rapport aux rendements obtenus.

Le thème « climat et énergie » a été profondément remanié dans l’édition 2018 de l’EPI. Il prend en compte les trois principaux gaz à effet de serre (CO2, méthane et protoxyde d’azote), proposant pour chacun d’eux un indicateur d’intensité d’émission (pour faire simple, rapporté au PIB ou plutôt à la « santé économique » du pays).

Les émissions de « black carbon » sont également considérées. Cet élargissement est plus cohérent avec l’ambition du rapport qui veut cibler les principaux enjeux environnementaux, et en premier lieu, celui du climat. Un cinquième critère au sein de cette thématique traite spécifiquement de l’intensité CO2 du secteur énergétique. Si, en raison du poids de l’électronucléaire, la France est bien classée (12ème) sur ce dernier critère, il n’en est pas de même sur les autres critères, en particulier l’intensité CO2 : elle perd 4 points uniquement sur ce dernier.

Le calcul de cet indicateur est très élaboré (« especially complex  » comme le notent les auteurs) rapport EPI : il ne s’agit pas uniquement de rapporter les émissions (de l’année) de CO2 au PIB. Un indicateur de « tendance en matière d’émission de CO2 par rapport au PIB » est également pris en compte et mixé avec le sous-indicateur précédent, selon une pondération dépendant du niveau de PIB/habitant et du pays et de son historique en matière de réduction des émissions. Ainsi, pour un pays ayant déjà accompli des progrès en matière d’atténuation, aura un sous-indicateur « intensité CO2 de l’année » sur-pondéré aux dépens du sous-indicateur « tendance ». Les pays mieux placés que la France sur cet indicateur sont notamment des pays africains ou asiatiques avec des niveaux de PIB largement inférieurs. On trouve également de nombreux pays européens (Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Hongrie, Irlande, Lituanie, Malte, Pologne, Portugal, République Tchèque, Slovaquie, Suède, Suisse) sans que l’on puisse une explication commune à ces meilleures performances en matière d’intensité CO2 de leur économie.

Tableau récapitulatif de l’EPI de la France
Tableau récapitulatif de l'EPI de la France
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Tableau récapitulatif de l’EPI de la France

Lien des résultats détaillés de la France : https://epi.envirocenter.yale.edu/epi-country-report/FRA

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