Les espèces exotiques envahissantes

Fiches thématiques

La prolifération des espèces exotiques envahissantes (EEE) représente la troisième cause de perte de biodiversité à travers le monde. Ce phénomène, amplifié depuis ces dernières années par les échanges commerciaux et de tourisme, constitue une menace pour près d’un tiers des espèces terrestres menacées. Sans être la raison première, le changement climatique faciliterait, par ailleurs, l’extension des espèces envahissantes et augmenterait ainsi la vulnérabilité des milieux. Les outre-mer, qui n’échappent pas à cette propagation, sont particulièrement concernés et vulnérables. Introduites volontairement, comme le Ragondin et le Vison d’Amérique ou accidentellement comme le Frelon asiatique et les Jussies, ces espèces sont arrivées en France aussi bien par voie aérienne, terrestre que maritime ou fluviale. Perturbant la dynamique des écosystèmes, elles peuvent aussi avoir des répercussions sur la santé ou bien l’économie. Devant ce constat, la France s’est dotée d’outils réglementaires afin de répondre aux enjeux de préservation, de santé publique et économique. Elle s’inscrit aujourd’hui dans une démarche internationale et européenne plus globale qui vise à enrayer l’expansion de ces espèces.

Une forte dynamique des espèces exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain

De par sa diversité de climats et de milieux ainsi que sa position de carrefour géographique privilégiée pour les échanges marchands et non marchands, la France est un territoire favorable à l’expansion des Espèce exotique envahissante. En métropole, en moyenne, 6 nouvelles espèces s’installent tous les dix ans depuis 1979 (sur une liste de 84 EEE) dans chaque département. Cette dynamique a progressé ces dernières décennies et s’est même accélérée depuis les années 2000.

Évolution moyenne du nombre d’espèces exotiques envahissantes par département métropolitain
Évolution moyenne du nombre d’espèces exotiques envahissantes par département métropolitain
Afficher la version texte

Évolution moyenne du nombre d’espèces exotiques envahissantes par département métropolitain

Toutes les espèces introduites volontairement ou involontairement ne sont pas préjudiciables aux écosystèmes. En 2018, l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) a identifié au moins 2 891 espèces introduites en métropole, 90 % étant continentales (terrestres et aquatiques) et 10 % marines. 137 d’entre elles sont considérées comme envahissantes (5 %), dont 42 espèces végétales continentales, 50 espèces animales continentales et 38 marines.

Nombre d’espèces introduites et envahissantes en France métropolitaine

Parmi ces 88 espèces animales envahissantes présentes en France métropolitaine, 52 % des invertébrés, 30 % des vertébrés et 18 % des mollusques terrestres sont invasifs alors que 58 % des invertébrés, 24 % des mollusques et 18 % des vertébrés marins sont envahissants.

Espèces animales envahissantes terrestres en France métropolitaine
Espèces animales envahissantes marines en France métropolitaine

À l’échelle du territoire, l’expansion des espèces exotiques envahissantes s’est opérée de façon globale. Aujourd’hui, aucun territoire n’est épargné par la présence d’EEE. Les départements comme le Nord, l’Essonne, la Seine-et-Marne ou encore le Maine-et-Loire sont les plus touchés par cette expansion.

Richesse départementale en espèces exotiques envahissantes (EEE) parmi un panel de référence de 84 EEE
Richesse départementale en espèces exotiques envahissantes (EEE) parmi un panel de référence de 84 EEE
Afficher la version texte

Richesse départementale en espèces exotiques envahissantes (EEE) parmi un panel de référence de 84 EEE

De nombreuses espèces animales et végétales colonisent aujourd’hui les milieux de métropole tels que le Ragondin (Myocastor coypus), l’Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), la Grenouille taureau (Lithobates catesbeianus), l’Ambroisie ou encore les Jussies (Ludwigia sp.).

Ces espèces sont susceptibles de perturber les processus écologiques des espèces autochtones en altérant le fonctionnement des écosystèmes. Par exemple, les Jussies (Ludwigia Peploides et Ludwigia grandiflora) causent d’importantes nuisances dans les milieux stagnants (plans d’eau, canaux) ou à faible débit, depuis leur introduction au XIXème siècle à des fins ornementales dans des bassins d’agrément. En Méditerranée, la Caulerpe (Caulerpa taxifolia) concurrence quant à elle les herbiers de posidonies.

Elles peuvent, par ailleurs, affecter la composition des écosystèmes en provoquant la régression, voire l’extinction d’espèces indigènes et pénaliser les rendements agricoles, le renouvellement des stocks halieutiques mais aussi avoir des répercussions sur la santé humaine en provoquant des allergies, comme c’est le cas de l’Ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) ou en favorisant la transmission de virus et bactéries.

Certaines espèces présentent des dynamiques d’invasion très rapide. Tel est le cas pour le Frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax). Cet arthropode est arrivé accidentellement dans le Lot-et-Garonne en 2004 avec des poteries importées de Chine. Aujourd’hui cet insecte a envahi plus de la moitié de la France, atteignant d’autres pays tels que l’Espagne, le Portugal, la Belgique, l’Italie, l’Allemagne ou encore l’Angleterre, causant des dégâts important à la fois dans les vergers, en se nourrissant des fruits mais aussi chez les insectes pollinisateurs, comme l’abeille.

Dynamique de progression du frelon asiatique en Europe
Dynamique de progression du frelon asiatique en Europe
Afficher la version texte

Dynamique de progression du frelon asiatique en Europe

D’autres espèces continentales peuvent nuire aux espèces autochtones comme la Grenouille taureau (Lithobates catesbeianus) introduite en 1968 en Gironde, présentes dans plusieurs départements du sud-ouest et plus récemment en Sologne.
Les espèces marines sont soumises aux mêmes pressions d’invasion que celles des milieux continentaux.

Aujourd’hui, plus de 300 espèces exotiques envahissantes marines sont dénombrées en France métropolitaine. Tel est le cas de la Crépidule (Crepidula fornicata), mollusque qui colonise les fonds marins et qui provoque des nuisances pour la pêche et les activités conchylicoles.

Les outre-mer : des territoires particulièrement vulnérables

De par leur caractéristique insulaire et leur isolement géographique, les territoires d’outre-mer sont des espaces fragiles qui rendent les espèces indigènes, très vulnérables aux espèces exotiques envahissantes. Près de 400 espèces y représentent une menace potentielle ou déjà manifeste selon l’UICN. Parmi les plus connues, on retrouve le Rat noir, le Chat domestique, le Cassis, l’Escargot géant d’Afrique ou encore le Tulipier du Gabon.

On estime, d’après la Liste rouge mondiale UICN, que les espèces exotiques envahissantes présentent aujourd’hui une menace pour 45% des espèces menacées (« En danger critique d’extinction, « En danger », « Vulnérable ») d’outre-mer. Sur ces territoires ultramarins, elles sont responsables de 53% des extinctions d’espèces locales. L’UICN a défini une liste de 100 espèces les plus envahissantes au monde. Parmi ces espèces, 60 sont aujourd’hui présentes dans les outre-mer. La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, La Réunion sont les territoires les plus touchés par l’invasion de ces espèces. À titre d’exemple, 526 espèces de la Liste rouge mondiale UICN sont menacées en Nouvelle-Calédonie. Parmi ces espèces, 219 le sont à cause d’une pression exercée par les espèces exotiques envahissantes.

Nombre d’espèces menacées dans les collectivités d’outre-mer selon la Liste rouge mondial de l’UICN

De nombreuses espèces exotiques envahissantes ont déjà entraîné la régression ou l’extinction d’espèces indigènes ou endémiques par compétition ou prédation. De par leur caractère principalement insulaire, les territoires d’outre-mer sont très vulnérables aux introductions d’espèces, en raison notamment de forts taux d’endémisme et de l’absence de certains groupes biologiques. Tous les types de milieux sont concernés, aussi bien terrestres que marins. Par exemple, le Poisson lion (Pterois volitans et P. miles) est présent dans la mer des Caraïbes et touche les Antilles depuis 2010.

Des engagements et des mesures réglementaires pour enrayer la prolifération des espèces exotiques envahissantes

Les engagements internationaux

Afin d’enrayer la prolifération des espèces exotiques envahissantes, les États ont commencé très tôt à se mettre d’accord pour convenir d’un cadre d’actions international.

Plus récemment, la convention sur la diversité biologique (CDB) demande à chaque État contractant de s’inscrire dans une démarche de lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Elle invite les pays à empêcher l’introduction sur le territoire d’espèces exotiques, en assurer le contrôle et l’éradiquer si celle-ci menace les écosystèmes, les habitats et les espèces locales. Le plan stratégique 2011-2020, s’inscrit dans cette démarche en demandant aux États, dans son objectif n°9 (objectif d’Aïchi), d’identifier les espèces concernées, les voies de propagations, classer par priorités les espèces à contrôler, éradiquer et fixer des mesures de lutte d’ici 2020.

D’autres conventions comme la convention de Bonn (conservation des espèces migratrices) ou celle de Berne ont fixé des recommandations à mettre en place chez les États signataires. Cette dernière décline dans une stratégie européenne, les mesures à mettre en œuvre pour contrôler et éradiquer les espèces exotiques envahissantes.

Le transport des espèces exotiques envahissantes est également contrôlé par le biais de la convention de Washington qui fixe les modalités sur le commerce international des espèces animales et végétales sauvages menacées d’extinction (CITES).

Spécifique aux milieux humides, la Convention RAMSAR a demandé quant à elle aux parties prenantes d’identifier, contrôler, éradiquer et sensibiliser sur les espèces exotiques envahissantes des zones humides ainsi qu’assurer un partage des bonnes pratiques existantes de gestion mises en œuvre au niveau international.

Outre la signature de conventions internationales ou d’une stratégie européenne de lutte contre les EEE, des programmes d’actions spécifiques permettent de mettre les moyens pour éradiquer certaines espèces problématiques. Des projets de Life, d’une durée de six ans, financés par la Commission européenne ont vu le jour depuis 1992 et permettent de contribuer à l’élaboration et la mise en œuvre des politiques environnementales de l’Union Européenne. Par exemple, le projet Life CROAA permet, entre autre, d’identifier et appliquer une stratégie optimale de lutte, prévenir l’introduction, assurer une veille et partager des initiatives locales dans un but d’éradication des espèces d’amphibiens exotiques comme la Grenouille taureau (Lithobates catesbeianus) ou le Xénope lisse (Xenopus laevis) au profit des espèces autochtones.

Les mesures réglementaires européennes

Afin de répondre aux engagements internationaux, la Commission Européenne a mis en place des mesures réglementaires pour définir un cadre juridique sur le territoire communautaire concernant la prévention et la gestion des espèces exotiques envahissantes (règlement européen n° 1143/2014), leur transport (CITES n° 338/97) ou encore l’encadrement des activités aquacoles (règlement n° 708/2007). Par ailleurs, deux directives intègrent dorénavant la présence d’espèces exotiques envahissantes dans la définition du bon état écologique des eaux marines et continentales : la Directive-cadre stratégie pour le milieu marin (n° 2008/56/CE) et la Directive-cadre sur l’Eau (n° 2000/60/CE).

Les mesures réglementaires nationales

Le droit européen est décliné à l’échelle nationale, dans la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages qui comprend une section relative au contrôle et à la gestion des espèces invasives. Cette loi définit les mesures de capture, prélèvement, destruction dès qu’une espèce invasive est présente dans un milieu naturel. Elle permet, par ailleurs, d’élaborer et mettre en œuvre des plans nationaux de lutte (PNL) et fixe un cadre pénal dans le cadre d’introduction volontaire, de transport et de vente non réglementés.

Aujourd’hui, trois PNL ont été élaboré sur l’Écureuil à ventre rouge (Callosciurus erythraeus), l’Érismature rousse (Oxyura jamaicensis) et l’Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus). Le code rural et de la pêche maritime règlemente quant à lui les importations d’espèces nuisibles sur le territoire. Le code de la santé publique encadre, pour ce qui le concerne, l’introduction, le transport, l’utilisation et la vente d’espèces exotiques qui constitueraient une menace pour la santé humaine (cas de l’ambroisie à feuilles d’armoise). Enfin, le code de l’environnement détermine les espèces animales nuisibles chassables (Ragondin, Rat musqué, Bernache du Canada).

Parallèlement deux stratégies nationales faisant mention des espèces exotiques envahissantes existent. La Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) 2011-2020 invite dans son objectif 11 l’ensemble des acteurs à maitriser les pressions sur la biodiversité. Mise en œuvre en 2016, la seconde stratégie appelée Stratégie nationale de lutte des espèces exotiques envahissantes fait suite à la stratégie européenne initiée en 2003. Elle vise à protéger à la fois les écosystèmes terrestres, dulçaquicoles mais aussi marins des effets associés à ces invasions biologiques. S’articulant avec les stratégies locales existantes (La Réunion, Pays-de-Loire), elle comprend 5 axes tournés autour de la prévention, l’intervention, la connaissance, la communication/sensibilisation et la gouvernance.

Une mobilisation de l’ensemble des acteurs

L’efficacité dans la lutte des espèces exotiques envahissantes passe par une réactivité des opérateurs locaux. Cette efficacité passe par la mise en œuvre aussi bien à l’échelle européenne, nationale que territoriale d’un réseau d’acteurs.
Au niveau européen, un réseau d’information sur les espèces exotiques
envahissantes existe (EASIN – European Alien Species Information Network) afin de mettre en commun les informations pour lutter contre les espèces invasives aussi bien terrestres que marines. Cette initiative permet d’identifier les EEE pouvant avoir des répercussions sur les écosystèmes locaux, la santé et l’économie. En parallèle, un groupe de travail spécifique sur l’invasion biologique en milieu aquatique (GT IBMA) permet de venir en aide aux gestionnaires en centralisant la connaissance mobilisée sur les modes de gestion de ces espèces.

Au niveau national, un réseau de surveillance cohérent sur l’ensemble du territoire national en lien avec la réglementation de l’Union Européenne a été constitué. Ce réseau national d’expertise scientifique et technique sur la faune invasive ou introduite (EE-FIF), piloté depuis 2009 conjointement par l’UMS Patrinat et la Fédération des conservatoires botaniques nationaux permet d’assurer une veille bibliographique, d’aider à l’identification d’une espèce en apportant son expertise, d’évaluer la pertinence des méthodes de prévention et de lutte et rendre des avis sur des projets réglementaires.

À l’échelle des territoires, les remontées faites dans le cadre des programmes de sciences participatives renforce le dispositif national en assurant une surveillance des espèces dans le milieu naturel. D’autres actions permettent d’inscrire la lutte des espèces exotiques envahissantes dans des programmes d’actions interrégionaux. Par exemple, sur le bassin Loire-Bretagne, un groupe de travail animé par la Fédération nationale des Conservatoires d’espaces naturels a permis de faire des préconisations de gestion et définir une stratégie de lutte dans le Plan Loire Grandeur Nature IV (2014-2020).