Les oiseaux communs

Fiches thématiques

Avec plus de 30% d’oiseaux en moins en 15 ans, le suivi des espèces d’oiseaux communs s’avère être aujourd’hui une nécessité pour comprendre les évolutions en cours de la biodiversité et plus particulièrement de l’avifaune dont les communautés tendent à s’homogénéiser et s’uniformiser au profit d’espèces peu spécialisées et peu exigeantes. Depuis près de 30 ans, l’indice de suivi temporel des oiseaux communs (indice STOC) constitue une référence pour évaluer les tendances d’oiseaux communs généralistes et spécialistes. Cet indice, coordonné par le Centre d’Écologie et de Sciences de la COnservation (CESCO, ex-CRBPO) du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) est également repris à plus large échelle pour le calcul d’indicateurs européens. Les oiseaux, et en particulier les oiseaux spécialistes (que l’on retrouve dans des habitats spécifiques tels que les champs, le bâtis ou encore la forêt), sont de bons indicateurs de l’état de la biodiversité, du fait de leur position élevée dans les chaînes alimentaires. Seul groupe d’espèces dont la distribution est suivie à l’échelle nationale depuis aussi longtemps, l’indice met en évidence des tendances très différentes entre les espèces d’oiseaux. Ces tendances diffèrent suivant l’espèce (généraliste ou spécialiste) mais aussi son habitat spécifique ou encore sa localisation géographique. La dégradation ou la perte des habitats, les pratiques agricoles intensives ainsi que le changement climatique demeurent parmi les principales menaces auxquelles sont exposées les populations d’oiseaux.

Des espèces spécialistes en déclin au profit d’espèces généralistes signe d’un appauvrissement de l’avifaune française

Sur la période 1989-2018, l’abondance des oiseaux spécialistes est en déclin avec une baisse de 23% alors que celle des espèces généralistes (14 espèces concernées par le STOC) tend à augmenter (+22%). Après s’être globalement accrue au début des années 2000, la tendance des espèces généralistes accuse une chute significative également depuis 2011 (-8 points sur la période 2011-2018). En 2018, les abondances des espèces spécialistes sont sensiblement inférieures à celles de 1989 et probablement très inférieures à celles des années 1970 si on se réfère aux observations au niveau européen. Ces tendances engendrent à la fois une homogénéisation des communautés d’oiseaux et un appauvrissement des espèces à l’échelle métropolitaine.

Évolution de l’abondance des oiseaux communs spécialistes et des oiseaux généralistes métropolitains

Une résilience inégale suivant les milieux accueillant les oiseaux communs

Sur la période 1989-2018, le recul des espèces d’oiseaux spécialistes est plus fort que celui des espèces généralistes. Les effectifs des oiseaux suivis ont baissé au cours des années 90. Durant la dernière décennie, ils semblent se stabiliser pour les espèces des milieux forestiers, mais continuent de diminuer pour celles des milieux bâtis et agricoles.

Avec une baisse de 1% des espèces spécialistes des habitats forestiers (24 espèces concernées par le STOC), les populations avicoles des milieux boisés sont celles qui accusent le plus faible déclin. Les espèces inféodées aux milieux bâtis (13 espèces concernées par le STOC) sont quant à elle fortement impactées puisque les populations ont diminué de 24% sur la période alors que celles des milieux agricoles (24 espèces concernées par le STOC) accusent la plus forte baisse (-38%). Certaines espèces, comme le Pipit farlouse (Anthus pratensis) inféodé aux milieux agricoles connait même des tendances nettement inférieures (-68%) pouvant traduire une détérioration notable de la qualité de l’écosystème agricole.

Évolution de l’abondance des oiseaux communs spécialistes métropolitains

Un affaiblissement hétérogène des populations d’oiseaux sur le territoire

Les dynamiques de population d’oiseaux communs diffèrent d’un milieu à l’autre. Cette tendance est également constatée entre les territoires.

En effet, au niveau régional, pour la période 2003-2013, les espèces généralistes progressent globalement dans toutes les régions sauf en Ile-de-France, Normandie (ex-région Haute-Normandie) et Provence - Alpes - Côte d’Azur.

Les espèces spécialistes des milieux forestiers sont en déclin dans la totalité des régions excepté en région Grand Est (ex-région Alsace), Auvergne Rhône-Alpes (ex-région Rhône-Alpes) et Occitanie (ex-région Languedoc-Roussillon).

Un constat similaire est fait sur les espèces des milieux bâtis sur l’ensemble des régions hormis les régions Normandie (ex-région Basse Normandie), Centre-Val de Loire et Grand Est (ex-région Champagne-Ardenne) où les populations sont en hausse. La situation est plus contrastée pour les espèces des milieux agricoles, avec de forts écarts entre régions.

Une majorité d’entre elles présentent une dynamique négative qui peut s’expliquer par le caractère local des principaux facteurs qui influent sur l’évolution des effectifs des espèces agricoles. Les modifications du paysage, la fragmentation et la destruction des habitats ou encore les pratiques intensives sont autant de paramètres anthropiques qui peuvent agir de façon négative sur les populations des milieux agricoles. À l’inverse, les facteurs qui affectent les espèces forestières et généralistes sont de nature plus globale (changement climatique notamment).

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs du programme STOC en fonction du type d’habitat sur la période 2003-2013 au niveau régional
Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs généralistes, période 2003-2013

Évolution de l'indice d'abondance des populations d'oiseaux communs généralistes, période 2003-2013
Afficher la version texte

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs généralistes, période 2003-2013

Source : MNHN - CESCO, 2015

Traitements : SOeS, 2016

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs des milieux agricoles, période 2003-2013

Évolution de l'indice d'abondance des populations d'oiseaux communs des milieux agricoles, période 2003-2013
Afficher la version texte

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs des milieux agricoles, période 2003-2013

Source : MNHN - CESCO, 2015

Traitements : SOeS, 2016

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs des milieux bâtis, période 2003-2013

Évolution de l'indice d'abondance des populations d'oiseaux communs des milieux bâtis, période 2003-2013
Afficher la version texte

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs des milieux bâtis, période 2003-2013

Source : MNHN - CESCO, 2015

Traitements : SOeS, 2016

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs des milieux forestiers, période 2003-2013

Évolution de l'indice d'abondance des populations d'oiseaux communs des milieux forestiers, période 2003-2013
Afficher la version texte

Évolution de l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs des milieux forestiers, période 2003-2013

Source : MNHN - CESCO, 2015

Traitements : SOeS, 2016

Méthodologie

L’indice STOC, un programme standardisé de suivi issu des sciences participatives
Depuis 1989, le programme STOC coordonné par le Centre d’Écologie et de Sciences de la COnservation (CESCO) du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), assure un suivi standardisé des populations nicheuses d’oiseaux communs. Les relevés de terrain sont effectués par un réseau de citoyens qui est en charge de suivre chaque année les espèces présentes sur un territoire défini (maille : 2 kms x 2 kms).

L’observateur identifie sur cette zone, 10 points de comptage homogènes et proportionnels aux habitats présents sur lesquels il réalise deux relevés au printemps (4 semaines d’intervalles entre chaque relevé effectué avant et après la date du 8 mai, le matin 1h après le lever du soleil afin d’éviter le chorus matinal des oiseaux ; durée du relevé : 5 mins). Ces relevés, réalisés à chaque fois aux mêmes endroits, mêmes dates et avec les mêmes conditions météorologiques portent à la fois sur l’habitat et l’espèce contactée. Ils sont transmis régulièrement par l’ornithologue via la plateforme Vigie-plume. Actuellement, 90 départements sont couverts par ce suivi.

À partir des informations transmises, le CESCO calcule des indices de l’évolution des populations de l’avifaune (75 espèces d’oiseaux communs identifiés). Parmi elles, citons par exemple l’alouette des champs (Alauda arvensis, caractéristique des milieux agricoles), le pic épeiche (Dendrocopos major, typique des milieux forestiers), le moineau domestique (Passer domesticus, en milieu urbanisé) ou le merle noir (Turdus merula, espèce généraliste). Les évolutions des populations sont calculées à partir d’une régression linéaire sur la période 1989-2017.

Les quatre indicateurs nationaux (spécialistes des milieux agricoles, spécialistes des milieux forestiers, spécialistes des milieux bâtis, généralistes) ont été repris à l’échelon régional. Pour chaque groupe, un indice annuel est obtenu en agrégeant les indices d’abondance des espèces du groupe. La tendance est ensuite étudiée depuis 2001 (ou 2002 pour certaines régions). Pour le calcul de ces indicateurs régionaux, de nouveaux groupes d’espèces ont été sélectionnés, en considérant trois grandes zones biogéographiques (atlantique, continentale, méditerranéenne), afin de prendre en compte les spécificités régionales (par exemple, les spécialistes des milieux agricoles ne sont pas les mêmes en zone méditerranéenne et en zone continentale).
Par ailleurs, la contribution des différentes espèces aux indicateurs a été pondérée par leurs effectifs pour ne pas donner une importance disproportionnée aux espèces rares et une deuxième correction a été effectuée pour prendre en compte le cas des espèces grégaires (dont la distribution spatiale est très hétérogène).

EPOC : une enquête nationale venant compléter le dispositif STOC
Afin de pallier aux difficultés d’évaluer la taille de la population des espèces d’oiseaux communs au niveau national et ainsi d’en estimer les tendances d’évolution, le MNHN et la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ont développé une enquête nationale dès le printemps 2017 ciblant l’avifaune commune appelée EPOC : Estimation des Populations d’Oiseaux Communs. Bien que ressemblant fortement à l’indice de suivi temporel STOC-EPS, ce protocole ne se substitue pas à ce dernier mais vient le compléter et le renforcer. Il s’agit d’un programme de dénombrement des espèces qui s’appuie sur la réalisation de points d’écoute, rendant la collecte de données par listes complètes plus dynamique sur l’ensemble du territoire. Les observations sont dans la majeure partie du temps renseignées dans l’application mobile NaturaList ou sur le site VisioNature.