Extraction sélective de matériaux en France et interactions avec le milieu marin

Fiches thématiques

Les extractions de matériaux marins, représentent des enjeux économiques importants. Cependant, elles exercent des pressions physico-chimiques sur le milieu dépendantes des modalités et de l’intensité des exploitations. Ces pressions entraînent à leur tour des impacts sur les habitats et communautés marines, dépendant en partie de la sensibilité de ces habitats aux pressions générées.

Panorama général

À l’échelle nationale, l’industrie des granulats marins produit 7,5 millions de tonnes de matériaux par an. La somme des droits d’exploitation maximum autorisés chaque année pour les sites en cours d’exploitation a plus que doublé depuis 2011, elle est désormais de l’ordre de 23,7 millions de tonnes. Elle reste cependant en deçà des droits autorisés, les sites actuels représentant ainsi un fort potentiel de production.

Le dragage régulier des bassins portuaires et des chenaux de navigation est indispensable au maintien du trafic maritime. En 2011, 24,7 millions de tonnes de matières sèches ont été draguées en France, dont 3,5 millions de tonnes en Guyane. 75 % de ces sédiments proviennent des 7 grands ports maritimes de métropole, majoritairement des ports estuariens de Rouen, Nantes-Saint-Nazaire et Bordeaux.

Considérée comme une activité halieutique, l’exploitation en mer des algues du genre laminaire, Laminaria digitata et Laminaria hyperborea, est soumise à quota. La production est dominée par la pêche de L. digitata, avec 57 800 tonnes équivalent poids vif débarquées en 2013. Cependant, la production de L. hyperborea est en augmentation. Elle a atteint 23 000 tonnes cette même année. L’exploitation de ces macroalgues est concentrée sur les côtes bretonnes, essentiellement en mer d’Iroise.

En Méditerranée, l’exploitation du corail rouge, Corallium rubrum, est également considérée comme une activité halieutique et est réglementée. En 2013, 11 tonnes ont été débarquées pour la zone du golfe du Lion.

Ces activités induisent des pressions sur l’environnement marin :

  • des pertes et dommages physiques, dont essentiellement des modifications topographiques ou de la composition du sédiment et de sa granulométrie ;
  • des modifications chimiques du milieu, en particulier une augmentation de la turbidité ou le relargage dans la colonne d’eau de sels nutritifs ou de contaminants contenus dans les sédiments.

Ces pressions affectent la vie marine, notamment sur les communautés benthiques : destruction des organismes lors de l’extraction, perturbation de la photosynthèse, changement de la composition faunistique des communautés et de la structure démographique des populations exploitées… Ces effets peuvent se répercuter à l’échelle des réseaux trophiques voire des écosystèmes.

L’ampleur des pressions et impacts des activités d’extraction sur le milieu marin et la durabilité de ces effets dépendent beaucoup des caractéristiques écologiques initiales du site et des conditions de son exploitation (intensité, durée…).

L’extraction de matériaux d’origine minérale

L’extraction de granulats marins

Le terme granulats fait référence aux particules d’origine minérale dont la taille n’excède pas 80 mm. Les granulats marins extraits proviennent de fonds marins meubles (sables et graviers) situés entre 5 et 50 m de profondeur. Il s’agit de matériaux siliceux (sables ou graviers) ou calcaires (sables coquilliers [1]). Les granulats siliceux sont souvent d’origine alluvionnaire. Les sables calcaires ont une origine marine. Ils proviennent de dunes hydrauliques formées par les courants de marée où s’accumulent les coquilles et les squelettes calcaires des organismes marins morts.

À l’échelle nationale, l’industrie des granulats produit 394 millions de tonnes de granulats par an, dont un peu moins de 2 % sont d’origine marine (UNICEM, moyenne 2006-2013). Si la part que représentent les granulats marins au regard de la production nationale est faible, l’extraction de granulats en mer permet cependant d’alimenter de façon significative les secteurs économiques consommateurs de granulats des départements côtiers et des zones accessibles par voies navigables. Le nombre de demandes de titres miniers et d’autorisations d’exploitation de granulats marins, particulièrement de granulats siliceux, a augmenté ces dernières années. Toutefois, la volonté d’augmenter la part relative des granulats marins [2] à environ 5 % dans la production nationale de granulats est ralentie par la conjoncture économique et la production de granulats marins est en régression depuis 2009.

Les matériaux siliceux extraits sont principalement utilisés pour la fabrication de bétons et le rechargement de plages. Les matériaux calcaires sont essentiellement utilisés en Bretagne pour l’amendement des sols agricoles très généralement
acides.

L’extraction de granulats est encadrée par le code minier (décret n°2006-798), à l’exception des extractions dédiées au rechargement de plage qui ne sont soumises à aucune autorisation. Pour les extractions encadrées, le droit d’exploiter un site est acquis à l’issue d’un processus d’instruction.

Dispositifs réglementaires encadrant les activités d’extraction sélective de matériaux en France
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Dispositifs réglementaires encadrant les activités d’extraction sélective de matériaux en France

Note : Pour plus de détails sur les aspects réglementaires relatifs aux dragages portuaires, se reporter au document publié en mai 2013 par le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie.

Source : Ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES)

En métropole, les gisements exploités se répartissent entre Dieppe et l’estuaire de la Gironde. La somme des droits d’exploitation maximum autorisés pour les sites en cours d’exploitation a plus que doublé depuis 2011. Elle est désormais de l’ordre de 14 millions de m3, dont 13,8 millions de m3 pour les matériaux siliceux, soit 23,5 millions de tonnes. La Bretagne est la seule région en France où l’on exploite des matériaux calcaires, avec un volume maximal autorisé de 208 000 m3.

Les sites d’extraction en mer occupent 166 km2 contre 44,6 km2 en 2012. Cela représente un peu moins de 0,05 % de la surface des eaux sous juridiction métropolitaines.

Il n’y a à ce jour pas d’extraction de granulats marins en Méditerranée à l’exception d’extractions ponctuelles de sables pour le rechargement de plages. Un projet d’extraction dans le Golfe du Lion est cependant à l’étude.

En outre-mer, il existe une exploitation de sables mixtes volcaniques et calcaires en Guadeloupe, ainsi qu’une petite activité d’extraction de sables siliceux à Saint-Pierre-et-Miquelon.

En Manche - mer du Nord
Les concessions de sables et graviers siliceux sont toutes situées à l’est de la pointe du Cotentin. Six sont actuellement en cours d’exploitation. L’extraction de matériaux siliceux représente 9 540 000 m3 autorisés par an pour une surface totale de 137 km2. Ce volume ainsi que la surface totale des concessions ont presque décuplé depuis 2011 (872 000 m3 pour 15 km2). On observe une nouvelle stratégie d’exploitation extensive, avec notamment trois nouvelles concessions représentant une surface totale de 120 km2, situées au-delà de la limite de la mer territoriale. Il y a actuellement 11 ports de débarquement pour les matériaux siliceux en Manche-Est. L’extraction de sables coquilliers a lieu exclusivement en Bretagne. Les concessions qui exploitaient le maërl sont fermées depuis fin 2013, 3 étaient encore actives en 2011. Trois concessions sont actuellement en cours d’exploitation pour un volume maximal autorisé de 208 000 m3 par an et une surface totale autorisée de 2,5 km2. Pour faire face aux pertes liées à l’interdiction de l’exploitation du maërl, une demande de concession de sable coquilliers a été faite en baie de Lannion, pour une surface de 4 km2 et un volume maximal autorisé de 250 000 m3 (site de la pointe d’Armor).

En Atlantique
Les concessions de sables et graviers siliceux en activité sont toutes situées dans le golfe de Gascogne, entre la Loire et la Gironde, en mer territoriale. Six concessions sont en cours d’exploitation dont trois sur le gisement de Chassiron, au large de l’île d’Oléron. Elles représentent un volume maximal autorisé annuel de 4 159 000 m3 pour une surface totale de près de 26 km2. Ces chiffres sont légèrement inférieurs à ceux de 2011 (4 678 000 m3 pour 29,5 km2).

En outre-mer
Un site d’extraction de sables mixtes volcaniques et calcaires destinés au BTP est actuellement en cours d’exploitation en Guadeloupe. La surface de la concession est de 0,66 km2 pour un volume annuel maximal autorisé de 118 000 m3 . Il existe également une petite activité d’extraction de sables siliceux à Saint-Pierre-et-Miquelon. Les demandes d’autorisation d’extraction sont renouvelées chaque année. Deux zones d’exploitation (dans le port de Saint-Pierre et dans l’anse à l’Allumette) ont été autorisées pour l’année 2015, pour une quantité maximale de 3 150 tonnes.

Le dragage portuaire

Le système portuaire français est constitué de ports d’État, dont 11 grands ports maritimes, et de ports relevant des collectivités territoriales ou de leurs groupements (plus de 500).

Les 11 grands ports maritimes, dont 3 sont en estuaire (Rouen, Nantes - Saint-Nazaire et Bordeaux), traitent plus de 80 % du trafic maritime de marchandises en France.

Les autorités portuaires ou leurs délégataires ont la responsabilité d’assurer l’accès aux ports pour permettre l’exploitation des installations et la sécurité des navires. L’entretien par dragage des chenaux de navigation et des bassins portuaires est donc incontournable. Il existe deux types de dragage :

  • les dragages d’entretien, quasi permanents pour les ports estuariens, qui consistent à entretenir les ports et leurs voies d’accès ;
  • les dragages réalisés à l’occasion de travaux ponctuels (approfondissement de chenaux de navigation, construction ou extension de ports), qui représentent environ 5 % de l’ensemble des dragages effectués.

Ces activités sont soumises à la législation sur l’environnement, notamment la loi sur l’eau. Le régime administratif s’appliquant au dragage est déterminé par trois critères : le volume de sédiments à extraire, la qualité des sédiments (caractéristiques physico-chimiques et concentration en contaminants) et la distance séparant la zone de dragage des plus proches zones de cultures marines. En fonction de ces données, l’opération de dragage peut être effectuée sans procédure administrative préalable ou peut être assujettie au régime de déclaration ou d’autorisation au titre de la loi sur l’eau. Depuis le 1er juin 2012, les dossiers de demande d’autorisation doivent comporter une étude d’impact dont le contenu est précisé à l’article R 122-5 du code de l’environnement.

Les déblais dragués sont le plus souvent immergés en mer (clapage). Cela a représenté 94 % de la quantité totale de sédiments dragués, hors-Guyane, en 2010. Ils peuvent aussi être stockés à terre, dans une moindre mesure. Enfin, ils peuvent également être utilisés pour recharger des plages fragilisées par l’érosion côtière.

Il existe trois techniques de dragage différentes (hydraulique, mécanique et hydrodynamique). La technique de dragage la plus utilisée en France métropolitaine est le dragage hydraulique (71,3 % des sédiments dragués dans les grands ports maritimes en 2010, 86,3 % dans les autres ports).

Synthèse des activités d’extraction de matériaux marins en France
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Synthèse des activités d’extraction de matériaux marins en France

Source : Ifremer - Geosciences marines, Cerema, Shom, IGN

La quantité annuelle de sédiments dragués varie surtout d’une année à l’autre lorsque des travaux neufs ou d’approfondissement sont réalisés. En 2011, 24,7 millions de tonnes de matières sèches ont été draguées en France, dont 3,5 millions de tonnes en Guyane.

Une grande majorité (74 % du total en 2011) de ces déblais vient des 7 grands ports maritimes de métropole (18,3 millions de tonnes en 2011). L’année 2009 se distingue par des volumes dragués beaucoup plus importants avec un volume de 38 millions de tonnes de matières sèches au total, dont 29,6 millions de tonnes draguées au sein des 7 grands ports maritimes métropolitains. Les travaux effectués au sein des ports du Havre (extension de Port 2000) et de Marseille cette année-là étaient alors responsables de cette augmentation.

La quantité de sédiments dragués dans les ports estuariens de Rouen, Nantes - St-Nazaire et Bordeaux est plus importante (75 % des sédiments dragués en 2010) que dans les autres grands ports maritimes, du fait des importants apports en alluvions au niveau des estuaires correspondants. En Méditerranée, les volumes dragués sont beaucoup moins importants (3 millions de m3 en 2008). Ils proviennent pour 90 % du grand port maritime de Marseille.

Informations sur les gisements exploités ou en cours d’instruction en France au 1er juillet 2015

L’extraction de matériaux d’origine biologique

L’exploitation goémonière

La production française d’algues est estimée à 70 000 tonnes par an. Les algues sauvages représentent la majeure partie de la production. Seules 50 tonnes d’algues proviennent de l’algoculture. Elles sont principalement récoltées le long des côtes bretonnes, soit en mer à l’aide de navires goémoniers utilisant des engins mécanisés (scoubidou et peigne), soit sur l’estran par des récoltants à pied.

La production française des algues est largement dominée par l’exploitation des laminaires. Deux espèces de laminaires sont exploitées : Laminaria digitata et Laminaria hyperborea. Considérée comme une activité halieutique, leur exploitation est encadrée par des règles de gestion strictes.

La production de L. digitata est saisonnière. Sa biomasse varie fortement au cours de l’année, avec une perte de biomasse hivernale de 50 à 60 % par rapport à la biomasse estivale. Les campagnes se déroulent donc entre mai et octobre, avec un pic d’activité en été.

L. hyperborea représente une source beaucoup plus importante que L. digitata sur les côtes métropolitaines. Avec une moindre variation de sa biomasse en cours de l’année, elle est également exploitée en hiver.

Laminaria digitata est récoltée par des navires goémoniers équipés d’une grue articulée sur laquelle est fixé un scoubidou. La récolte de Laminaria hyperborea est réalisée à l’aide d’un engin de pêche sélectif, appelé « peigne norvégien », qui est traîné par le navire à la manière d’une drague à travers les champs de laminaires, et qui déracine les plus gros spécimens.

Évolution de l’effort de pêche et production annuelle de Laminaria digitata et Laminaria hyperborea en Bretagne

L’exploitation des laminaires est concentrée sur les côtes bretonnes, essentiellement en mer d’Iroise. Des estimations de la ressource sur les côtes finistériennes sont actuellement en cours. La production est dominée par la pêche de Laminaria digitata, avec 57 800 tonnes équivalent poids vif débarquées en 2013 (moyenne de 52 900 tonnes sur la période 1985-2014). L’ensemble de la flottille, 35 goémoniers licenciés, a un quota journalier de 970 tonnes. Un nouveau dispositif destiné à améliorer la gestion de l’exploitation de la ressource a été mis en place en 2014. Chaque goémonier s’est vu attribuer une zone sur laquelle il est seul responsable de l’exploitation de la ressource en L. digitata.

Les laminaires bretonnes sont surtout débarquées au port de Lanildut dans le Finistère. Elles sont utilisées pour la production d’alginates, dont les applications industrielles dans les domaines de l’agroalimentaire et de l’industrie pharmaceutique sont nombreuses.

Contrairement à Laminaria digitata, dont la production a baissé de 20 % en 20 ans, l’exploitation de L. hyperborea a fortement augmenté ces dernières années. Auparavant anecdotique, elle a réellement commencé en 1997, avec des volumes annuels inférieurs à 5 000 tonnes jusqu’en 2007. Entre 2007 et 2012, 11 goémoniers ont été armés pour la récolte de L. hyperborea, dont 6 dans l’archipel de Molène (60 à 80 % de la production bretonne) et 3 dans le secteur de Roscoff (5–20 %). Le volume est ainsi passé de 9 000 tonnes prélevées en 2007 à 23 000 tonnes en 2013. Le volume total des débarquements est limité dans les zones sous gestion (littoral du Finistère) à un maximum de 35 600 tonnes pour 2015. La croissance de cette espèce étant moins rapide que celle de L. digitata, un système de jachère a été mis en place sur de petites zones pour éviter la surexploitation. Au total, entre 35 000 et 60 000 tonnes de laminaires sont récoltées annuellement depuis 2007.

L’exploitation du corail rouge de Méditerranée

Le corail rouge de Méditerranée, Corallium rubrum, est un animal invertébré proche des gorgones (embranchement des cnidaires) qui forme des colonies arborescentes de couleur rouge. Il colonise des substrats rocheux faiblement exposés à la lumière à partir de quelques mètres de profondeur, notamment dans des grottes et sur des surplombs, et jusqu’à plusieurs centaines de mètres. Il est essentiellement présent dans les bassins central et occidental de Méditerranée, notamment en Italie (Sardaigne et côte continentale) et en France (Corse et côte continentale).

Aucune estimation de la quantité de ressources en corail rouge sur les côtes méditerranéennes françaises n’est disponible actuellement. Il est exploité depuis l’antiquité pour l’artisanat d’art et la joaillerie. Depuis quelques dizaines d’années, le corail représente également un attrait pour le tourisme sous-marin qui se traduit par une activité économique (clubs de plongée de structure commerciale).

Aire de répartition du corail rouge Corallium rubrum
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Aire de répartition du corail rouge Corallium rubrum

Remarque : le corail rouge est essentiellement présent en Méditerranée centrale et occidentale. L’espèce a également été signalée sur la côte Atlantique entre le Portugal et le Cap Vert.

Source : Food and Agriculture Organisation (FAO)

La production totale méditerranéenne a atteint un maximum de 98 tonnes en 1978, dont 72 tonnes provenaient de Sardaigne. En 2013, la production française, hors-Corse, était d’environ 11 tonnes.

La diminution de moitié de la production méditerranéenne en 40 ans semble corrélée à la raréfaction de la ressource et à une évolution importante des méthodes de pêche et de gestion de l’activité. Le règlement européen n°1626/94 du 27 juin 1994 a interdit l’utilisation d’engins remorqués pour la récolte des coraux. Aujourd’hui, elle s’effectue exclusivement en scaphandre autonome.

Le nombre de licences de corailleurs accordé annuellement par l’administration est décidé après consultations des représentants de la profession. À ce jour, vingt corailleurs exercent cette activité sur le continent et 10 en Corse. Le long de la côte Vermeille, la pêche est autorisée du 1er mai au 30 septembre inclus, à une profondeur supérieure à 50 m. Elle est interdite dans le périmètre de la réserve naturelle nationale de Cerbère-Banyuls. La quantité annuelle maximum de corail prélevée est de 50 kg par corailleur, et le diamètre des pieds des colonies prélevées doit être supérieur à 8 mm. En Corse, la pêche est également interdite entre 0 et 50 m de profondeur, et un système de jachère a été mis en place (Dirm Méditerranée).

En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en revanche, il n’y a pas de restriction de profondeur, le corail rouge y étant rarement présent à des profondeurs supérieures à 50 m. Toutefois, il est préconisé de ne prélever que les colonies dont le diamètre basal est supérieur à 7 mm. Depuis octobre 2013, deux réserves délimitées au sein du Parc national des Calanques et au sein du Parc marin de la Côte Bleue sont interdites d’exploitation.

Interactions entre les activités d’extraction sélective de matériaux et le milieu marin

Les activités humaines décrites dans cette fiche exploitent directement des habitats marins. Elles ont pour conséquence le prélèvement de ces habitats ou d’une partie de leur constituants minéraux ou organiques et exercent ainsi des pressions physico-chimiques sur le milieu en fonction des modalités et de l’intensité des exploitations. Ces pressions entraînent à leur tour des impacts sur les habitats et communautés marines dont l’ampleur dépend de leur état initial et de leur sensibilité aux pressions générées.

La composition des peuplements benthiques est déterminée par des facteurs abiotiques, comme la nature du substrat, le mode d’exposition à la houle, la force des courants, la profondeur (qui influence la température et l’éclairement), les apports d’eau douce par les cours d’eau (qui influencent la salinité, la turbidité et la concentration en nutriments de l’eau) et la quantité en oxygène disponible, dans les sédiments meubles notamment. Les différentes combinaisons de ces facteurs peuvent donner lieu à une grande diversité de peuplements, présentant des richesses spécifiques et écologiques variées. La richesse spécifique d’un peuplement correspond au nombre d’espèces présentes. La richesse écologique est un critère plus anthropomorphique qui attribue une valeur écologique à un peuplement ou un habitat, en fonction de sa rareté (récifs d’hermelles), de son intérêt structurel (maërl), ou fonctionnel (forêts de laminaires, herbiers, …).

Pressions et impacts des activités d’extraction de granulats sur le milieu marin

Pressions exercées sur l’environnement
L’ampleur des pressions physico-chimiques exercées par les activités d’extraction varie en fonction des modalités d’exploitation et de l’environnement physique du site exploité. Les modalités d’exploitation sont décrites par l’intensité des extractions (nombre d’heures par hectare et par an), les modifications topographiques générées (nombre de sillons d’extraction, hauteur des creusements générés), la saisonnalité, la fréquence et la durée de l’exploitation. L’environnement physique du site avant exploitation est caractérisé par ses conditions topographiques, granulométriques et hydrodynamiques.

Le prélèvement de sédiments entraîne un abaissement local du niveau bathymétrique et une modification de la topographie du fond. L’empreinte des sillons varie entre 30 et 60 cm de profondeur, pour 2 à 3 m de large. Sur les sites très exploités, les sillons successifs se superposent. Ils génèrent un surcreusement du substrat pouvant atteindre plusieurs mètres. Le régime hydrodynamique local peut également être modifié, altérant ainsi les processus de sédimentation.

L’extraction de granulats peut également provoquer la formation d’un panache turbide de plusieurs mètres de large, avec une augmentation de la turbidité de l’eau en profondeur mais également en surface. La plupart des études montre que ce panache s’étend, en général, de 200 m à 500 m au-delà du navire, surtout en fonction des conditions hydrodynamiques et météorologiques. Ces particules se redéposent ensuite en mer sur le fond.

Selon la nature du substrat et les conditions hydrodynamiques locales, le prélèvement de granulats peut aussi aboutir à une modification de la composition du sédiment, par exemple en mettant à nu des couches de sédiments plus profondes, de granulométrie différente. Les sillons creusés lors du passage de l’engin, caractérisés par des courants réduits, peuvent également se combler de particules fines apportées par les courants de marée. Par ailleurs, la granulométrie est susceptible d’être modifiée sur la zone de dépôt du panache turbide, avec un enrichissement en particules fines.

L’effet potentiel de l’extraction de granulats sur le trait de côte fait l’objet de débats. À la suite de l’extraction, un changement de la morphologie du site exploité peut modifier le régime des courants de fond. L’équilibre des sédiments superficiels pourrait s’en trouver modifié, et ainsi influer sur l’érosion côtière, en particulier si le site d’extraction est près des côtes et à faible profondeur. L’aspiration du sédiment entraîne la destruction de la faune sessile ou peu mobile. L’augmentation temporaire de la turbidité et la sédimentation des particules du panache turbide peut également induire une forte mortalité des animaux filtreurs. L’extraction entraîne ainsi une réduction de l’abondance, de la biomasse et de la richesse spécifique de la macrofaune. Une diminution de 40 à 95 % du nombre d’organismes et de la biomasse a pu être mesurée ainsi qu’une baisse de 30 à 70 % de la richesse spécifique. L’ampleur de l’impact sur la macrofaune est d’autant plus importante que l’intensité d’extraction est forte.

Impacts de l’extraction de granulats marins sur la vie marine
À court-terme, on assiste souvent à une diminution de la richesse spécifique et à une augmentation de la biomasse avec une augmentation des espèces opportunistes et tolérantes aux changements drastiques des conditions environnementales. Sur les sites encore en exploitation, les nouvelles communautés peuvent aussi présenter un taux important d’individus juvéniles, qui ne peuvent atteindre la maturité à cause des perturbations successives.

Les modifications des communautés benthiques au sein des sites d’extraction sont susceptibles de se répercuter aux niveaux trophiques supérieurs, en particulier chez les communautés de poissons. Si l’impact négatif de la destruction d’une zone de nourricerie ou de frayère sur les communautés de poissons ne fait pas de doute, les effets de l’extraction de granulats en dehors de ces zones sont plus difficiles à évaluer. Des études scientifiques ont pu mettre en évidence des effets variables : un fort déclin du nombre d’espèces de poissons et de leur abondance, des changements de la composition des communautés de poissons ou une absence d’effets négatifs sur les pêcheries, que ce soit sur le site ou dans son voisinage. Les impacts identifiés sur les populations de poissons dépendent beaucoup du site d’étude, de l’échelle temporelle du suivi et de l’espèce concernée.

Le retour à un état stable, proche ou équivalent de l’état initial, implique l’arrêt de l’activité et un retour aux conditions morphobathymétriques et sédimentaires initiales. Les sillons peuvent perdurer au-delà d’une dizaine d’années et la recolonisation du site pourrait intervenir entre 2 à plus de 10 ans après l’arrêt de l’exploitation ; le retour à un état proche de l’état initial restant dépendant du site d’extraction.

Pressions et impacts des dragages portuaires sur l’environnement marin

Les opérations de dragage entraînent une augmentation locale de la turbidité (passage de l’élinde et rejet des eaux de surverse). Elles s’accompagnent d’un relargage temporaire de sels nutritifs et peuvent remobiliser des contaminants contenus dans les sédiments (micropolluants métalliques et organiques). La qualité des sédiments dragués est largement tributaire des apports de contaminants provenant des bassins versants et des activités industrielles et portuaires côtières situées à proximité.

Comme l’extraction de granulats, les opérations de dragage induisent la destruction de l’habitat et des espèces qui y vivent. La majorité des volumes dragués provient de ports estuariens. Il est difficile d’interpréter les effets du dragage sur ces écosystèmes complexes, tant les conditions environnementales y sont variables (variations des apports terrigènes, variations hydrologiques…) et les pressions anthropiques différentes. L’augmentation de la turbidité de l’eau altère la propagation de la lumière dans la colonne d’eau. Il peut en résulter une altération temporaire des capacités photosynthétiques du phytoplancton et des communautés végétales benthiques. Le relargage de sels nutritifs a en revanche un effet stimulant inverse. La combinaison de ces deux facteurs est donc susceptible de modifier temporairement la production primaire.

Les dragages portuaires ne sont pas considérés comme fortement impactant pour les habitats benthiques lorsqu’ils interviennent dans les enceintes portuaires très anthropisées. Cependant, la majorité des volumes dragués provient de l’entretien régulier des chenaux de navigation en zone estuarienne, hors de ces enceintes. Pour de nombreuses espèces marines, les milieux estuariens sont essentiels et font l’objet de mesures de protection et de gestion de l’environnement, notamment au travers du réseau Natura 2000. Il est difficile de discerner l’impact des dragages portuaires des autres sources de perturbation et de les quantifier.

Comme pour les extractions de granulats, l’extraction hydraulique est susceptible d’aspirer la faune benthique et les poissons démersaux. Les dragages d’entretien peuvent également provoquer la destruction et la dégradation des habitats et des biocénoses estuariennes. Les grands ports maritimes estuariens prennent déjà des mesures visant à limiter les impacts écologiques des dragages : limitation de l’usage des techniques les plus impactant, optimisation des volumes à draguer par rapport aux besoins réels et programmation des dragages dans des périodes plus compatibles avec le fonctionnement écologique des estuaires.

Pressions et impacts exercés par l’exploitation goémonière

Les forêts de laminaires forment un habitat stratifié qui influence les conditions hydrodynamiques et lumineuses des strates inférieures. La diversité des micro-habitats disponibles pour les différentes espèces fait des forêts de laminaires un des biotopes les plus productifs et complexes des milieux côtiers rocheux, abritant une flore et une faune très diversifiées et abondantes.

Leur exploitation génère deux principales pressions : le prélèvement d’une fraction plus ou moins importante de la biomasse algale et donc de l’habitat et, sur les zones dont le fond est composé de blocs rocheux mobiles, une perturbation du substrat provoqué par le déplacement, le retournement ou le prélèvement des blocs. La perturbation du substrat est éventuellement accompagnée d’une augmentation locale et temporaire de la turbidité, notamment après le passage du peigne norvégien.

En l’état actuel, la récolte en automne et en hiver de L. hyperborea semble ne représenter qu’une fraction négligeable par rapport à l’arrachage naturel provoqué par les tempêtes hivernales. On estime que ces tempêtes arrachent environ 200 000 tonnes de L. hyperborea par an en mer d’Iroise. Pour L. digitata, la période d’exploitation s’étale de mai à mi-octobre, à une période importante pour le cycle de vie de nombreux animaux marins utilisant cet habitat. Le prélèvement de cette algue est estimé comme étant du même ordre de grandeur que les pertes naturelles en l’absence d’exploitation ; le prélèvement de L. digitata est donc susceptible de multiplier par deux les pertes subies en l’absence d’exploitation.

Par ailleurs, le prélèvement de laminaires libère de l’espace colonisable par d’autres espèces algales plus résistantes au stress environnemental. La compétition inter-spécifique qui en résulte peut fragiliser la persistance des populations de laminaires, notamment dans le contexte actuel de réchauffement climatique.

Pour remédier en partie au manque d’études scientifiques consacrées à l’impact environnemental de l’exploitation des laminaires, le programme HYPERIMP, coordonné entre 2011 et 2012 par le Parc naturel marin d’Iroise, s’est intéressé à l’incidence de l’utilisation du peigne norvégien sur la biocénose des laminaires L. hyperborea. D’après les résultats de cette étude, l’impact de l’utilisation de cet outil semble limité. Toutefois, il est à souligner que le suivi a été réalisé dans le cas d’un passage unique du peigne. L’impact du retournement des blocs suite au passage du peigne n’a, par ailleurs, pas été évalué dans cette étude.

Pressions et impact de l’exploitation du corail rouge en Méditerranée

Le corail rouge présente des caractéristiques biologiques qui le rendent particulièrement vulnérable à la surexploitation. Sa croissance est très lente et sa maturité sexuelle tardive. Il ne bénéficie pas d’une protection au niveau national mais son exploitation est réglementée : le corail rouge est concerné par deux conventions et une réglementation internationales ratifiées par la France. Son exploitation est réglementée (l’espèce est référencée dans les annexes III des Conventions de Barcelone et de Berne, ainsi que sur l’annexe V de la directive Habitats-Faune-Flore). À l’échelle méditerranéenne, il y a consensus sur le fait que les populations de corail rouge en eau peu profonde sont surexploitées.

Les secteurs soumis à la pêche présentent une forte érosion de la structure démographique des populations, c’est-à-dire la distribution des individus en différentes classes d’âge. Ce sont les grandes colonies, également les plus fertiles, qui sont préférentiellement récoltées, et il est rare aujourd’hui que les colonies de C. rubrum dépassent 10 à 15 cm de haut et 1 cm de diamètre basal à des profondeurs de 60 m ou inférieures. Ce déséquilibre n’est pas observé dans les aires marines protégées, où la récolte est interdite. Ce constat a motivé l’interdiction de son exploitation entre 0 et 50 m de profondeur en Corse et le long de la Côte Vermeille. Le déséquilibre démographique entre petites et grandes colonies entraîne une diminution de la capacité reproductive des populations (des études sur la capacité de dispersion des larves et la connectivité entre populations sont en cours), fragilisant une ressource non renouvelable à l’échelle d’une vie humaine.

Pressions et impacts susceptibles d’être engendrés par les extractions sélectives de matériaux en mer
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Pressions et impacts susceptibles d’être engendrés par les extractions sélectives de matériaux en mer

Les mesures réglementaires de protection du milieu marin

Ces dernières décennies, la protection des espèces et des habitats s’est considérablement accrue, notamment dans le cadre de directives européennes (Directive « Oiseaux » et Directive « Habitat, Faune, Flore »). Des listes d’espèces ou d’habitats à protéger ont été dressées et des aires marines protégées (sites Natura 2000) ont été désignées pour les habitats et espèces dont la protection nécessite la désignation de zones spéciales de conservation (ZSC). Plus récemment, la directive cadre « Stratégie pour le milieu marin » (DCSMM) impose aux États Membres l’atteinte ou le maintien du bon état écologique du milieu marin, et notamment des habitats (pélagiques et benthiques) et des espèces (oiseaux, mammifères marins, poissons…). Les activités humaines modifiant l’intégrité des fonds marins sont également concernées par cette directive et sont encadrées par la réglementation nationale environnementale, en raison des impacts qu’elles sont susceptibles d’induire sur les habitats benthiques, voire sur les écosystèmes.

Auteur : Agence des aires marines protégées (AAMP).

Notes

[1Le maërl, constitué d’accumulation d’algues calcaires rouges, était également extrait en France (en Bretagne) jusqu’à l’interdiction de son exploitation en septembre 2013 au titre de la protection d’un habitat remarquable. Il était utilisé notamment pour le traitement de l’eau potable et comme amendement calcaire en agriculture, ainsi que, dans une moindre mesure, en chirurgie osseuse.

[2Les réserves potentielles en granulats marins exploitables sont estimées à 11 milliards de m3 sur les façades Manche et Atlantique (Ifremer et BRGM), soit approximativement 18,7 milliards de tonnes, en extrapolant à partir de l’estimation selon laquelle 1 m3 de matériaux siliceux pèse environ 1,7 tonne (Minéralinfo).