Les échouages des mammifères marins en France depuis 1980

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En France, toutes les espèces de mammifères marins sont protégées. En dépit de leur statut d’espèces protégées, près de 22 000 individus échoués ont été recensés en France métropolitaine pour la période de 1980 à 2015. Le dauphin commun est l’espèce la plus représentée dans ces échouages, devant le marsouin commun et le dauphin bleu et blanc.

Panorama général

Près de 22 000 mammifères marins échoués ont été recensés depuis 1980 en France métropolitaine. L’augmentation du nombre d’échouages sur le littoral métropolitain est significative depuis cette date. Avec plus de 1 400 échouages, le résultat de l’année 2013 est le plus important jamais enregistré.

Le dauphin commun est de loin l’espèce la plus représentée dans ces échouages, devant le marsouin commun et le dauphin bleu et blanc.

L’arc Atlantique (façades Nord Atlantique - Manche Ouest et Sud Atlantique) regroupe les trois quarts des échouages enregistrés depuis 1980. Ceux-ci sont principalement concentrés sur le littoral des Landes, du Finistère, de la Gironde, de la Vendée, de la Charente-Maritime, et du Morbihan. En Manche Est – mer du Nord, les départements de la Manche, du Pas-de-Calais et du Nord sont les plus concernés. Le Var est, quant à lui, le plus impacté en Méditerranée, tout en restant bien en deçà des départements de l’Atlantique.

472 échouages ont été recensés depuis 1990 dans les territoires d’outremer. Face au faible nombre de données, il est difficile d’analyser des tendances à long terme que ce soit pour une espèce particulière ou un territoire.

Analyse des échouages sur le littoral métropolitain

Évolution générale

De 1980 à 2015, près de 22 000 individus échoués ont été recensés en métropole, soit une moyenne de plus de 600 par an. Le nombre d’échouages est très variable d’une année à l’autre. On observe cependant une augmentation significative de leur nombre (Test de Mann-Kendall). La moyenne annuelle du nombre d’échouages est ainsi passée de 141 individus pour la période 1980 - 1985 à 435 pour 1991 - 1995 puis à 1 167 pour la période 2011 – 2015. Avec 1 446 échouages, le résultat de l’année 2013 est le plus important jamais enregistré. D’une manière générale, les échouages sont plus nombreux de février à avril, période hivernale à forte mortalité.

Évolution annuelle des échouages sur les côtes métropolitaines

L’essentiel des échouages concerne des animaux morts en mer. Les causes de la mort peuvent être diverses : vieillesse, maladie, immatures perdus, collision avec des navires ou accidents liés à l’activité de pêche. Le nombre d’individus tués par ces captures est variable. Il peut parfois atteindre des proportions importantes. Par exemple, on estime que 50 % des marsouins échoués sur les côtes normandes en 2006 présentaient des traces de capture accidentelle d’un engin de pêche (CRMM, 2007). La contamination chimique ou bactériologique de l’eau et de leurs proies peut être la source de maladies. Des corps étrangers peuvent aussi être ingérés par erreur par les cétacés et causer leur mort, notamment les matières plastiques. Ces cas représentent cependant moins de 1 % des individus autopsiés. La surexploitation de leurs proies et les changements climatiques sont aussi une source de menace.

Les animaux morts sont rejetés sur le littoral par le biais des courants et des vents marins. Seul un faible pourcentage d’entre eux parvient à terre. D’après les travaux d’étude de dérive des carcasses, seulement 8 % des animaux morts en mer seraient retrouvés échoués.

Des individus vivants sont aussi retrouvés échoués sur le littoral. Dans le cas des échouages en masse, les raisons peuvent être multiples. Un individu leader peut entraîner son groupe sur la plage. Il arrive également que des individus se fassent piéger par la marée descendante. Des conditions météorologiques difficiles pourraient également désorienter les animaux qui nagent dans des zones côtières complexes. De nombreux dauphins et baleines se servent des ondes sonores pour naviguer en mer. Les perturbations acoustiques sous-marines pourraient désorienter les animaux et les faire s’échouer.

Les espèces concernées

Le dauphin commun est de loin l’espèce la plus représentée lors des échouages. Si cette espèce est commune sur l’ensemble de la façade atlantique, elle est, par contre, occasionnelle en Méditerranée (seulement 0,2 % des échouages de l’espèce depuis 1980). Suivent les dauphins non identifiés (il est possible que l’espèce ne puisse être déterminée soit par l’absence de critères distinctifs : dégradation ou absence du crâne, état de décomposition trop avancé, soit en raison de l’évacuation du cadavre avant examen) : il s’agit de dauphins communs ou de dauphins bleus et blancs. Le marsouin commun et le dauphin bleu et blanc représentent ensuite les échouages les plus fréquents. Les Odontocètes, sous-ordre des cétacés regroupant les dauphins et les marsouins, sont donc concernés par la majorité des échouages.

Le nombre d’échouages de dauphins communs progresse nettement depuis 1980. En ne tenant compte que de la période plus récente, 1990-2015, la progression des échouages n’est pas significative d’un point de vue statistique. Certaines années ont vu de fortes concentrations d’échouages, dont une proportion importante était due à des captures accidentelles (notamment en 1997, 1999, 2000, 2001 et 2002). D’après une étude récente, la population de dauphin commun diminuerait de plus de 5 % par an. Avec une telle diminution, leur population pourrait être divisée par cinq en 30 ans et proche de l’extinction dans 100 ans (PAMM2, chapitre évaluation initiale 2012). Suite à l’adoption du règlement européen CE n°812/2004, des rapports nationaux sont rédigés régulièrement pour estimer les prises accidentelles de cétacés. Elles sont surtout dues au chalutage pélagique en bœuf (deux navires trainant un chalut entre eux, principalement pour la pêche au bar et au thon) et aux filets calés.

Principales espèces ou groupe d’espèces de mammifères marins échoués sur les côtes métropolitaines de 1980 à 2015

Les échouages du marsouin commun, du grand dauphin, du phoque gris et du phoque veau-marin ont significativement augmenté sur la période étudiée. Cet accroissement peut être, en partie, expliqué par le déplacement de l’aire de distribution du marsouin commun du Nord vers nos côtes, et l’augmentation des populations de grands dauphins, de phoques gris et de phoques veau-marins. Les échouages de globicéphales noirs et de dauphins de Risso varient suivant les années sans qu’une tendance claire se dessine.

La deuxième évaluation de l’état de conservation des mammifères marins, réalisée dans le cadre de la directive Habitats pour la période 2007-2012, confirme le premier état des lieux. La situation reste inconnue pour l’essentiel des espèces évaluées, soit 14 espèces sur 19 en Atlantique et 8 sur 9 en Méditerranée. Seuls le phoque veau-marin et le phoque gris bénéficient d’un statut favorable en Atlantique. Le statut du dauphin commun est considéré comme défavorable inadéquat en Atlantique comme en Méditerranée. Celui du marsouin commun est considéré comme défavorable mauvais en Atlantique.

Par ailleurs, sur la dernière liste des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), le cachalot est considéré comme vulnérable en France ainsi qu’au niveau mondial. Le phoque gris, le phoque veaumarin, le marsouin commun et le rorqual commun sont considérés comme quasi-menacés en France. Le dauphin commun, le petit rorqual, le globicéphal noir, le dauphin bleu et blanc et le grand dauphin sont actuellement classés comme « à préoccupation mineure ». Les données disponibles sont considérées comme insuffisantes pour les huit autres espèces de mammifères marins connus dans nos eaux, comme le dauphin de Risso.

Analyse par façade

Le nombre d’échouages est très variable suivant les façades maritimes.

Répartition des échouages par façade maritime depuis 1980

De 1980 à 2015, la façade Sud Atlantique a regroupé 42 % des échouages, suivie par les façades Nord Atlantique - Manche Ouest (33 %), Manche Est - mer du Nord (15 %) et Méditerranée (10 %).

Le nombre d’échouages recensés a sensiblement augmenté sur les différentes façades. En tenant compte des moyennes 1980-1985 et 2010-2015, il a été multiplié par 18 en Manche Est - mer du Nord, 5 en Nord Atlantique - Manche Ouest, 9 en Sud Atlantique et 4 en Méditerranée.

Zoom sur les échouages par département en métropole

Le nombre de mammifères marins échoués varie très fortement d’un département à l’autre depuis 1980. La direction des vents et des courants est très importante et explique en grande partie cette répartition.

Cinq façades littorales départementales ont, en moyenne, eu plus de 50 échouages par an sur la période étudiée. Elles sont toutes situées sur l’arc Atlantique. Il s’agit du Finistère, de la Vendée, de la Charente-Maritime, de la Gironde et des Landes.

Échouages par département entre 1980 et 2015

Les autres façades ont eu nettement moins d’échouages. Les plus importantes sont le Nord, le Pas-de-Calais, la Manche, le Morbihan et le Var, se détachant sensiblement des autres départements méditerranéens.

En rapportant les échouages annuels au linéaire côtier de chaque département, le nombre d’échouages par kilomètre linéaire est très élevé dans les Landes. Il est également assez important dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, et de la Vendée à la Gironde.

Échouages sur le littoral ultramarin

En outremer, le réseau d’observation des échouages de mammifères marins a été mis en place au début des années 1990 et se structure progressivement. Les résultats ne sont donc pas exhaustifs. Avec 472 individus recensés de 1990 à 2015, le nombre d’échouages reste faible par rapport à la longueur du littoral concerné. La moyenne annuelle des échouages pour la période 1990-1999 s’élève à moins de 8 individus et à environ 30 pour la période 2010-2015. Avec 42 échouages, l’année 2014 reste celle où le plus grand nombre a été recensé.

Évolution annuelle des échouages sur les côtes ultramarines

Le grand cachalot, le dauphin de Guyane et le dugong sont les trois espèces qui se sont le plus échouées en outre-mer depuis 1990, avec plus de 40 individus pour chacune d’entre elles. Six autres espèces ont plus de 15 individus échoués sur la période étudiée : la baleine à bosse, le globicéphale tropical, le grand dauphin, le dauphin à long bec, l’éléphant de mer du sud et la baleine de Cuvier.

Les territoires ayant connu le plus grand nombre d’échouages depuis 1990 sont la Nouvelle-Calédonie, avec le quart des échouages ultramarins (118), suivie de la Guyane (14 %), Saint-Pierre-et-Miquelon (13,5 %), la Guadeloupe (13,5 %) et la Martinique (11,8 %). Les Îles Eparses et Wallis-et-Futuna ont eu moins de 5 échouages sur l’ensemble de la période étudiée.

Répartition des échouages ultramarins par espèce
Répartition des échouages ultramarins par territoire

En savoir plus

Les échouages des mammifères marins sur les côtes françaises sont suivis par le Réseau National d’Échouages (RNE), constitué par plus de 300 correspondants locaux et coordonné par l’Observatoire PELAGIS (ex : Centre de Recherche sur les Mammifères Marins - UMS 3462, Université de La Rochelle – CNRS). Ce réseau intervient sur le littoral métropolitain depuis le début des années 1970 et depuis les années 1990 en outremer.

En France, toutes les espèces de mammifères marins sont protégées. Les observations d’échouages des mammifères marins permettent d’obtenir :

  • une meilleure image des populations de vivant le long des côtes françaises ;
  • une meilleure connaissance de leur écologie ;
  • une meilleure évaluation des menaces qui pèsent sur elles, alors que les usages en mer sont de plus en plus nombreux.

Le suivi des populations en mer est en effet complexe à réaliser et la prise d’échantillons encore plus compliquée. L’analyse des échouages est donc un bon moyen pour compléter les données d’observation. À chaque échouage, les paramètres analysés sont nombreux, comme l’espèce, l’âge, le statut reproducteur, la génétique, l’étude du régime alimentaire, la concentration dans les tissus en métaux lourds ou en polluants organiques persistants, la recherche de pathologies…

Trois grandes familles composent les mammifères marins : les Cétacés (dauphins, marsouin et baleines), les Pinnipèdes (phoques) et les Siréniens en outremer (lamantins et dugongs). Pour la métropole, les données collectées depuis 1980 constituent le début d’une série temporelle considérée comme stable pour étudier des tendances d’évolution. De la même manière, pour les territoires d’outremer, la série temporelle se stabilise à partir du début des années 2000 mais de gros effort restent à réaliser pour renforcer les réseaux locaux.

Évolution du nombre d’échouages par espèces et territoires
Évolution du nombre d'échouages par espèces et territoires
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Évolution du nombre d’échouages par espèces et territoires

Source : SDES

Auteur : Service de la donnée et des études statistiques (SDES).

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