L’évaluation 2010-2020 des sites humides en France - État et étendue des milieux

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Mise à jour le 3 décembre 2020

À l’interface des milieux terrestres et aquatiques, les milieux humides fournissent de multiples services (rétention des crues, épuration de l’eau, réservoir de biodiversité, stockage du carbone, activités récréatives, etc.). L’altération de leur état met en péril ces fonctions et la pérennité même de ce patrimoine naturel, comme le souligne le dernier rapport mondial de la Convention de Ramsar sur les zones humides. À l’échelle mondiale, ces milieux ont perdu 64 % de leur surface depuis 1900.

La dernière évaluation nationale des sites humides emblématiques , couvrant la période 2010-2020, révèle que la France ne fait pas exception à ce constat. Ainsi, 41 % des sites évalués en métropole et dans les Outre-mer ont vu leur état se dégrader. L’intensification des pressions directes et indirectes, à l’intérieur et en périphérie de ces sites, les fragilise. De fortes disparités existent entre les territoires, amplifiées par une dégradation qui se poursuit. La sauvegarde de ces milieux passe notamment par la mise en œuvre de mesures de préservation et de restauration et par une prise de conscience collective des enjeux et menaces qui pèsent sur eux.

Des évolutions générales contrastées

La dynamique générale d’un site humide peut être caractérisée par une double évolution :

  • celle de l’état écologique et fonctionnel ;
  • et celle de la surface de ses milieux humides (voir définitions) ou artificiels.

Entre 2010 et 2020, l’état écologique des milieux est resté stable pour 52 % des sites, s’est dégradé pour 29 %, s’est amélioré pour 10 % et demeure inconnu pour 9 % des sites.

Cette dynamique est similaire concernant la surface de ces milieux : depuis 2010, elle a eu tendance à se stabiliser dans 64 % des sites, à régresser dans 20 % et à s’étendre dans 7 % (l’étendue de 9 % des sites ne peut être évaluée).

Ainsi, l’évaluation 2010-2020 montre que l’état général de 48 % des sites est stable contre 41 % en voie de dégradation et 11 % en voie d’amélioration. Les dégradations les plus fortes sont constatées sur les sites des plaines intérieures (pour 53 % d’entre eux), des vallées alluviales (49 %), du littoral atlantique, de la Manche et de la mer du Nord (45 %) et d’outre-mer (42 %). C’est le cas notamment pour la Dombes, la Saône (de Tournus à Lyon) ou la Vallée du milieu (Saint-Pierre-et-Miquelon).

À l’inverse, les sites de massif à tourbières (27 %) et du littoral méditerranéen (14 %), comme les étangs de la Narbonnaise, les étangs d’Urbino et les zones humides hyéroises, sont moins impactés.

Part des sites humides emblématiques, par grand type, suivant l’évolution de leurs surfaces et de l’état de leur milieux entre 2010 et 2020

En élargissant la période d’étude sur vingt ans (2000-2020), la situation est nettement plus défavorable. Depuis le début du XXIe siècle, l’état des 132 sites évalués à la fois sur les périodes 2000-2010 et 2010-2020 s’est dégradé pour 58 % d’entre eux, est resté stable pour 31 % et s’est amélioré pour 11 %.

Des évolutions plus favorables pour les milieux salés

Caractérisés par la présence d’eau permanente ou temporaire, stagnante ou courante, douce, salée ou saumâtre, les divers types de milieux humides réagissent très différemment aux pressions qu’ils subissent. Sur la période 2000-2020, les milieux humides salés semblent connaître une évolution plus favorable que les milieux doux. Cette évolution plus favorable des milieux salés s’explique notamment par leur plus grande capacité de reconquête au sein d’un site.

Un milieu peut soit s’étendre sur le site (reconquête), soit régresser (érosion), soit se stabiliser. La reconquête peut se faire de façon naturelle par végétalisation spontanée ou résulter d’actions volontaires. Sur les sites évalués, 49 % des milieux étaient stables, 38 % étaient en érosion et 13 % seulement en situation de reconquête.

Les prairies humides et oligotrophes (59 %), les milieux palustres d’eau douce (57 %) et les dunes et pannes dunaires (50 %) subissent une forte érosion. Le diagnostic est nettement plus favorable pour les eaux stagnantes salées (36 %), les annexes alluviales (26 %) et les milieux palustres d’eau saumâtre (25 %) où la capacité de reconquête est la plus forte.

Pouvoir de reconquête des 189 sites humides emblématiques, par milieux

Une dégradation liée à une intensification des pressions qui s’exercent sur le site ou son environnement immédiat

Les milieux subissent de multiples pressions dont les répercutions peuvent varier. Les activités humaines (cultures, tourisme, élevage, prélèvement en eau, urbanisation, etc.) jouent un rôle déterminant dans leur altération. En effet, plus elles sont nombreuses au sein d’un site humide ou de son bassin versant, plus son état écologique et fonctionnel et les services qu’il rend se dégradent. Ainsi, 90 % des sites évalués sont en bon état lorsque moins de 8 activités sont recensées. Ce taux tombe à 55 % lorsque le site concentre à lui seul plus de 20 activités.

D’autres pressions, telles que la présence d’espèces exotiques envahissantes ou les effets du réchauffement climatique, peuvent également influer sur le devenir du site.

En moyenne, 11 causes principales de dégradation de l’état sont recensées en milieux doux, alors qu’on en dénombre 8 en milieux salés. Les eaux stagnantes (lacs, étangs, mares) et courantes douces, ainsi que les milieux palustres (marais) d’eau douce, concentrent le plus de pressions (entre 18 et 22).

L’abandon d’un site humide (arrêt du pâturage par exemple), l’entretien inadapté, l’assèchement ou le drainage excessif représentent les causes majeures de déclin. En milieux salés, les slikkes , la végétation halophile inondable et les eaux stagnantes regroupent le plus de menaces (entre 11 et 12). L’atterrissement (accumulation de terre par la mer ou les cours d’eau) et l’envasement, ainsi qu’une fertilisation et un usage en produits phytosanitaires excessifs sont les principaux dangers qui semblent accentuer leur dégradation.

Un lien étroit est mis en évidence entre l’évolution de l’état des écosystèmes et les pressions. Lorsque les activités humaines augmentent, la probabilité de constater une dégradation de l’état de la faune est plus forte. Un constat similaire peut être fait entre l’évolution de l’état de la flore et les problématiques hydrologiques (événement climatique exceptionnel, assèchement, travaux de restructuration, eutrophisation, pollution chimique par des produits phytosanitaires, modification des niveaux d’eau, gestion inadaptée ou conflictuelle des ouvrages de régulation, etc.).

De l’identification des menaces aux mesures de préservation et de restauration

Les effets de ces pressions, à l’origine de la dégradation, voire de la disparition de ces milieux, doivent être identifiés pour être maîtrisés avant de mettre en œuvre des mesures curatives. L’extension d’un milieu humide peut passer par l’abandon de certaines pratiques intensives (déprise agricole, extensification par exemple).

Parfois, des opérations de gestion ou de restauration (travaux de génie écologique, contractualisation, planification de politiques environnementales, etc.) permettent le maintien ou le retour d’un milieu disparu. Ces mesures qui peuvent être réalisées de façon ponctuelle au sein d’un site peuvent aussi être combinées à d’autres opérations sur une échelle plus globale, comme sur un bassin versant.

Les prairies humides et oligotrophes , les eaux courantes douces et les eaux stagnantes (lacs, étangs, mares) sont les milieux pour lesquels ces démarches semblent les plus efficientes, ce qui ne semble pas être le cas pour les milieux de type gravières, maquis miniers, slikkes, tannes et mangroves .

L’élaboration d’un diagnostic écologique du milieu permet notamment de mesurer l’efficacité des opérations de restauration sur un territoire. Parmi les sites évalués, 68 % font l’objet d’un suivi scientifique, dont 73 % des sites de métropole (106 sites) et 29 % de ceux d’outre-mer (8 sites).

L’évaluation révèle que le renforcement des travaux de génie écologique et de la contractualisation prévus dans le cadre d’un plan de gestion, ainsi que l’amplification de la mobilisation collective des acteurs du territoire, sont de nature à favoriser la restauration de ces milieux dans les années à venir.

À l’interface des milieux terrestres et aquatiques, les milieux humides fournissent de multiples services (rétention des crues, épuration de l’eau, réservoir de biodiversité, stockage du carbone, activités récréatives, etc.). L’altération de leur état met en péril ces fonctions et la pérennité même de ce patrimoine naturel, comme le souligne le dernier rapport mondial de la Convention de Ramsar sur les zones humides. À l’échelle mondiale, ces milieux ont perdu 64 % de leur surface depuis 1900. La dernière évaluation nationale des sites humides emblématiques, couvrant la période 2010-2020, révèle que la France ne fait pas exception à ce constat. Ainsi, 41 % des sites évalués en métropole et dans les Outre-mer ont vu leur état se dégrader. L’intensification des pressions directes et indirectes, à l’intérieur et en périphérie de ces sites, les fragilise. De fortes disparités existent entre les territoires, amplifiées par une dégradation qui se poursuit. La sauvegarde de ces milieux passe notamment par la mise en œuvre de mesures de préservation et de restauration et par une prise de conscience collective des enjeux et menaces qui pèsent sur eux.

Impact potentiel des dispositifs de protection ou de gestion sur les sites humides emblématiques
(cliquez sur la carte pour accéder à l’analyse)

Pour aller plus loin

Interviews d’acteurs locaux
Deux témoignages d’acteurs métropolitains et ultramarins viennent illustrer de façon concrète les problématiques rencontrées sur les territoires et les actions menées pour y remédier.

Datavisualisation des principaux résultats et analyses de l’évaluation nationale des sites humides emblématiques de France - campagne 2010-2020
(Cliquez sur l’image pour accéder à l’application numérique)

Champ : France entière

Source : Évaluation nationale des sites humides emblématiques - campagne 2010-2020

Traitement : SDES, 2020

Définitions

  • Eau stagnante salée : Marais salant, lagune ou étang côtier
  • Maquis minier : ensemble des formations végétales sur terrains miniers n’appartenant pas aux forêts
  • Milieu palustre : Végétation des bordures des cours d’eau et plans d’eau douce ou salé
  • Mangroves : Végétation des espaces de balancement des marées sur le littoral des régions ultramarine
  • Pannes dunaires : Dépression humide intradunaire
  • Prairies humides et oligotrophes : prairies humides d’Europe moyenne, sur sols très pauvres en nutriments
  • Ripisylves : Formation boisée inondable bordant les cours d’eau
  • Slikkes : vasière littorale recouverte à chaque marée, presque sans végétation
  • Tannes : partie interne d’un marais maritime tropical, la moins fréquemment submergée
  • Vasières : habitat littoral, estuarien ou sous-marin ou d’eau douce constitué de matériaux sédimentés fins non sableux
  • Végétation halophile : partie haute des vasières littorales recouvertes aux grandes marées, schorre, pré-salé